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Derrière la star chinoise de l’IA DeepSeek, un fonds d’investissement dopé aux algorithmes

Derrière la star chinoise de l’IA DeepSeek, un fonds d’investissement dopé aux algorithmes

DeepSeek, le nouveau phénomène de l’IA chinoise, a bousculé OpenAI et consorts. Derrière cette start-up, il y a High-Flyer, un fonds de trading algorithmique qui s’est imposé comme l’un des acteurs les plus influents de la Bourse chinoise.

Tout a commencé dans un petit appartement à Chengdu, une ville de 20 millions d’habitants au centre-ouest de la Chine, pour aboutir dix ans plus tard à l’une des dégringolades boursières les plus retentissantes de l’histoire de Wall Street.

La claque boursière historique infligée lundi 27 janvier au géant américain Nvidia doit en effet beaucoup à DeepSeek, le petit chatbot chinois qui monte, qui monte, qui monte. Et cette alternative asiatique à ChatGPT d’OpenAI, Gemini de Google ou encore Claude d’Anthropic n’existerait pas sans High-Flyer, un fonds d’investissement fondé à Chengdu.

L’appartement de Chengdu, équivalent du garage de Steve Jobs ?

Il est certes encore trop tôt pour savoir si DeepSeek va durablement transformer le paysage mondial de l’IA. Si c’est le cas, l’histoire de ses origines aura probablement sa place au panthéon des « success story » de la tech, aux côtés du garage dans lequel Steve Jobs et Steve Wozniak auraient jeté les fondations de l’empire Apple.

En 2008, Liang Wenfeng, alors fraîchement diplômé en informatique, préfère emménager dans un petit appartement de Chengdu plutôt que de succomber aux sirènes des grands groupes chinois de la tech, basés à Shanghai ou Shenzen, qui courent après ce type de profil, explique le site ChinaTalk. Son dada était déjà l’IA… à une époque où rares étaient ceux qui misaient sur cette technologie à peine émergente, ajoute ChinaTalk.

Liang Wenfeng enchaîne d’abord les déboires avant de trouver en 2015 un débouché pour ses rêves d’IA : la finance. Il établit High-Flyer, qui va s’imposer en quelques années « comme l’un des principaux fonds quantitatifs du pays, gérant environ 10 milliards de dollars d’actifs », souligne Matéis Mouflet, analyste financier et spécialiste des marchés chinois pour le courtier en Bourse XTB.

La spécificité de ce type de fonds d’investissement réside dans son recours aux algorithmes pour déterminer des stratégies pour miser en Bourse. Ils sont omniprésents dans le paysage boursier nord-américain, moins en Chine. « C’est une activité plus récente, un type d’acteurs financiers qui, en Chine, sont montés en puissance ces quinze dernières années seulement », précise Johannes Petry, spécialiste d’économie politique et des marchés financiers chinois à l’université Goethe de Francfort.

Preuve de la vitalité de ce secteur : il y avait 1 300 fonds quantitatifs actifs sur les marchés financiers chinois en 2013, selon Li Ming, un analyste financier pour la société de courtage Changjiang Futures, interrogé par le Financial Times.

High-Flyer dans le club des quatre

Malgré un nombre important d’acteurs, le monde des fonds quantitatifs est dominé par ce que les Chinois appellent les « quatre rois de l’investissement quantitatif », souligne le site spécialisé The Decoder. High-Flyer en fait partie, aux côtés de Minghong Investment, Ubiquant et Yanfu Investments.

Dans cet univers, High-Flyer s’est distingué comme « l’un des premiers en Chine à intégrer des modèles d’apprentissage profond », une branche de l’intelligence artificielle permettant de résoudre des tâches plus complexes grâce notamment à une grande quantité de données. En intégrant, souligne Matéis Mouflet, « des données de marchés et des informations macroéconomiques pour prédire les mouvements des prix ».

C’était un pari risqué : en Chine, l’accès à une information fiable et complète – dont les algorithmes ont besoin pour minimiser le risque d’erreur de calcul – a longtemps été moins simple que dans des pays occidentaux.

Autre pari du fonds d’investissement de Liang Wenfeng : miser uniquement sur des talents locaux, ayant tous des formations en mathématiques ou en intelligence artificielle. « C’est un peu une exception en Chine. Les fonds d’investissement cherchent souvent à attirer des talents étrangers », note Johannes Petry.

Cet objet financier assez unique en son genre – du moins en Chine – « a enregistré des retours sur investissement de 13 % en moyenne par an depuis 2017 », souligne le Financial Times. Un résultat bien supérieur à la performance de la Bourse chinoise en général, qui a progressé de 8 % par an en moyenne.

La Chine est, il est vrai, un terrain de chasse de premier choix pour les fonds quantitatifs. « Les marchés chinois sont encore dominés par les investisseurs particuliers qui, pour une large part, misent en Bourse depuis leur téléphone. C’est rarement très sophistiqué, ce qui permet à des fonds d’investissement qui fonctionnent avec des algorithmes d’avoir un sérieux avantage », explique Johannes Petry.

Ces ressources accumulées au fil des années vont permettre à Liang Wenfeng de lancer en 2021 son offensive dans les agents conversationnels (chatbots). Mais l’argent ne fait pas tout. Il avait « acheté 10 000 puces graphiques A100 de Nvidia avant que les États-Unis imposent des restrictions sur les exportations de ces composants essentiels pour les larges modèles de langage [en 2022, NDLR] », note Matéis Mouflet.

Une histoire d’amour-haine avec Pékin

Liang Wenfeng avait donc l’argent, le matériel et des équipes spécialisées pour se lancer à l’assaut de la forteresse IA américaine. Et ce alors que la Big Tech américaine et Washington pensaient que l’IA générative (la technologie à l’origine des agents conversationnels) était un domaine dans lequel les États-Unis avaient un avantage important sur la Chine. « Le succès de DeepSseek constitue un rappel que le secteur privé chinois peut être beaucoup plus innovant que ce que les Occidentaux pensent souvent », note Johannes Petry.

Les autorités chinoises ont d’ailleurs bien compris le potentiel de DeepSeek pour vendre le bien-fondé du modèle chinois. Liang Wenfeng a été le seul PDG d’une entreprise d’IA à être convié à une réunion, le 20 janvier, entre le Premier ministre Li Qiang et des chefs d’entreprise.

Pourtant, la réussite de cette start-up peut aussi être perçue comme un succès en dépit de l’interventionnisme étatique chinois. « Les autorités ont un rapport compliqué avec ce type de fonds d’investissement. Dès qu’il y a trop de volatilité sur les marchés, elles pointent ces investisseurs du doigt, comme lors de la crise boursière de 2015-2016 ou au début de l’an dernier », note Johannes Petry.

En avril 2024, elles ont même adopté des mesures drastiques pour restreindre l’activité de ces fonds d’investissement. Ces derniers ont, par exemple, un nombre maximum d’ordres qu’ils peuvent passer par jour, ce qui, pour des algorithmes capables d’émettre des millions d’ordres par jour, représente une sacrée contrainte. « Les autorités ont établi une ligne rouge afin de protéger les particuliers contre ces fonds, qui gagnent dorénavant beaucoup moins d’argent », résume Matéis Mouflet. Un objectif louable de mettre l’intérêt des petits investisseurs devant celui des algorithmes tout-puissants. Mais si High-Flyer était né après cette réglementation, peut-être n’aurait-il pas pu accumuler les ressources nécessaires pour lancer DeepSeek… pour le plus grand plaisir du régime chinois.

Par Sébastian SEIBT
france24

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